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sur ce qui se joue derrière ce qui se voit


Pour celles qui tiennent et qui méritent de se retrouver

Pour celles qui tiennent et qui méritent de se retrouver

Vendredi, Mai 8, 2026 Pour les femmes

J’accompagne, depuis que je me souviens, des femmes engagées, responsables, solides. Celles sur qui l’on peut compter. Celles qui travaillent, portent, organisent, anticipent. Celles qui jonglent entre le job, la maison, les enfants parfois… tout en gardant le sourire, parce qu’on leur a appris que « tenir » est normal.

Elles font du sport parce qu’il faut « prendre soin de soi ». Elles mangent sainement parce qu’il faut « prévenir l’épuisement ». Elles se sentent presque reconnaissantes lorsqu’à la maison, leur conjoint « aide un peu ».

Au travail, elles observent. Elles comprennent. Elles s’adaptent. Elles se forment le soir, en silence, pour être encore plus efficaces. Elles prennent parfois un jour de congé pour absorber la charge, sans déranger personne. Elles ne se plaignent pas. Elles ne veulent pas être un problème.

Et souvent, leur responsable ne voit rien. Il remarque les retards, les délais qui s’allongent, la performance qui fluctue. Il appelle pour « faire le point », glisse une remarque subtile, observe si elle tient… Et comme elle tient, il continue.

Ce que j’ai constaté, au fil des années, est toujours le même : ce ne sont pas celles qui lâchent qui viennent me voir. Ce sont celles qui ont tenu trop longtemps.

Elles ont construit, géré, avancé. Elles ont porté la famille, le travail, les attentes, la vie. Elles ont appris à être solides. Peut-être que tu te reconnais.

De l’extérieur, tout semble tenir. À l’intérieur… qui te demande vraiment comment tu vas. Pas un « ça va ? » lancé entre deux portes. Un vrai : Comment vas‑tu… vraiment.

Derrière cette solidité, il y a parfois une fatigue qui ne passe plus. Une tension constante. Une sensation d’être partout… sauf avec soi. Et cette question discrète : Et moi, là‑dedans ?

Avec le temps, tu es devenue experte en sur‑adaptation. Tu optimises, tu anticipes, tu fais passer les autres avant toi. C’est efficace. Jusqu’au jour où quelque chose se fissure.

Rien de spectaculaire. Tu es toujours debout. Mais à l’intérieur… ça ne répond plus. Comme si avancer demandait soudain trop. Comme si ton corps murmurait : Je ne peux plus continuer ainsi.

Alors tu regardes ce qu’il y a à faire. Tu sais. Mais tu ne peux plus. Tu restes là : présente, mais immobile. Lucide, mais sans élan. Et une voix arrive : Qu’est‑ce qui m’arrive ? Pourquoi je n’y arrive plus ? Je devrais pourtant…

À cet endroit-là, la culpabilité s’invite. Discrète, tenace. Comme si ne plus réussir à tenir devenait une faute.

Quand je te demande : Qu’est‑ce qui te ressource ? Pas ce qui te prend de l’énergie. Ce qui t’en donne. Il y a souvent un silence. Un sourire gêné. Ou un « Je ne sais pas… ».

Pas parce qu’il n’y a rien. Parce que tu ne t’es jamais rencontrée de cette manière. Parce que tu as appris à tenir, pas à t’écouter. Ce langage‑là… tu ne l’as jamais vraiment appris.

Pendant des années, ton système nerveux t’a enseigné autre chose :   tenir = survivre. Alors tu continues. Tu ajustes. Tu absorbes. Tu fais ce qu’il faut pour que tout tienne, même quand toi, tu ne tiens plus vraiment.

Et quand on te propose de regarder ce qui se passe en toi, d’écouter tes émotions, c’est comme un vide sous les pieds. Une sensation étrange, presque étrangère. Comme si l’on te parlait d’une langue que tu n’as jamais apprise.

Ce n’est pas que tu refuses. C’est que ton cerveau a longtemps fonctionné en mode “réponse”, pas en mode “ressenti”. Il a appris à analyser, anticiper, comprendre, optimiser… mais pas à sentir.

Alors tu cherches des solutions, encore. Tu veux comprendre, t’améliorer, t’adapter, parce que c’est ce que tu sais faire. Mais à l’intérieur, quelque chose reste flou. Tu réalises que tu n’as jamais vraiment pris le temps de voir ce qui se passait en toi. Pas parce que tu ne voulais pas. Parce que ton système nerveux ne t’y conduisait pas.

Et c’est là que commence un autre chemin : celui où tu apprends à te rencontrer.

Alors ce soir, si tu le veux, prends cinq minutes, un carnet, un souffle et réponds doucement à ces trois questions : De quoi aurais‑je besoin, si je m’écoutais sincèrement ? Qu’est‑ce qui me pèse vraiment aujourd’hui ? À quel endroit me suis‑je quittée ?

Pas pour tout résoudre. Juste pour rouvrir un espace. Un espace où tu n’es plus seulement celle qui tient, mais celle qui se rencontre.

Avant même de te poser ces trois questions, il y a quelque chose d’important à comprendre : si tu n’arrives pas à t’arrêter, à te poser, à t’écouter… ce n’est pas un manque de volonté. C’est ton système nerveux.

Quand tu as passé des années à tenir, à t’adapter, à absorber, ton cerveau a appris une seule chose : rester en mouvement = rester en sécurité.

C’est un apprentissage profond, automatique, inscrit dans le corps. Sur le plan neuroscientifique, cela signifie que :

  • ton système nerveux sympathique (celui qui mobilise) reste activé même quand tout est calme
  • ton système parasympathique (celui qui apaise) n’arrive plus à reprendre la main
  • ton cerveau a intégré que “ralentir = danger”
  • ton corps te pousse à continuer, même quand tu n’as plus d’élan

Ce n’est pas rationnel. C’est physiologique.

C’est pour cela que, lorsque je te demande : “Qu’est‑ce qui te ferait du bien ?”, tu peux ressentir du vide, de la confusion, ou même un léger inconfort. Ton système nerveux n’a pas l’habitude d’être consulté. Il a appris à fonctionner en mode “réponse”, pas en mode “ressenti”.

Alors avant de t’inviter à prendre un carnet, j’aimerais te dire ceci : si tu as du mal à t’arrêter, c’est normal. Ton corps n’a pas encore compris qu’il peut se reposer. Et c’est précisément pour cela que ces trois questions sont importantes : elles ne servent pas à réfléchir, mais à réouvrir un canal interne que ton cerveau avait mis en veille pour te protéger.

Moi aussi, j’ai longtemps fonctionné ainsi. Tenir, avancer, m’adapter. Sans jamais me demander comment j’allais… vraiment. C’est en comprenant mon propre fonctionnement neuroatypique que j’ai commencé à me rencontrer autrement. À apprivoiser mes émotions. À écouter ce qui se passait en moi.

Si quelque chose en toi a résonné, c’est peut‑être le moment d’aller un peu plus loin. Je te propose un échange, gratuit et sans engagement. Juste un espace pour parler. Pour souffler. Pour te retrouver.

Prends soin de ce qui se passe en toi. Même quand ça ne bouge pas.

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Josiane Etter - coach et médiatrice des mots pour les maux Suisse romande

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